Mes cahiers...
Il y a des gens qui écrivent tout le temps et dont je fais partie. J'écris n'importe quoi, n'importe où, sur n'importe quel support et n'importe quel sujet. C'est comme ça. Si je ne les mets pas par écrit, mes pensées tournent et retournent et divaguent et me prennent la tête. J'ai des tas de cahiers de ma période pré-ordi, quand c'était la période pré-ordi de tout le monde. Mon premier ordi, je l'ai eu en 1997 (Oui, quand on venait tout juste de découvrir le feu et les pierres taillées) (Ça se voit que PtiTroll a appris le paléolithique ?). Et internet a suivi, deux ans plus tard, quand on devait encore attendre que monsieur modem finisse de numéroter et grésiller pour espérer obtenir une page internet toute pourrie. Tout ça pour dire que j'ai noirci un sacré paquet de feuilles et rempli un bon paquet d'octets avec des divagations plus ou moins intéressantes selon la période et l'humeur.
Tout l'avantage d'internet, c'est qu'on peut stocker ça, ailleurs que sur son disque dur et donc éviter de râler contre ce fichu PC qui rame et qui n'a jamais assez de mémoire. Rien que sur ce blog, j'ai une centaine de brouillons, jamais publiés donc, qui attendent sagement de savoir si je vais les relire et m'en servir un jour. Ce qui est peu probable, soit dit en passant.
Sur mes cahiers, il y a des bouts de trucs qui racontent des choses, pis d'autres... Que je relis en ouvrant de grands yeux parce que je reconnais l'écriture mais pas du tout le propos. Pis aussi des trucs que personnes d'autres que moi ne lira jamais Et même des lettres, jamais envoyées, presque toutes destinées à la même personne d'ailleurs, que j'ai gardé sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être n'étaient-elles pas destinées à être reçues et lues.
Alors, un soir, j'avais décidé de faire le tri, comme je l’ai fait pour les photos. J'ai lu des pages où je me raconte, d'autres où je me plains (Bah oui...), d'autres qui datent visiblement d'une période où je vivais parmi les petits poneys roses sur un arc-en-ciel, des bouts d'histoires, des poèmes (Pinaise, quand on a 16 ans, on croit tous être Rimbaud. Mais en fait, non !), et même des citations ou des morceaux de chansons. Et je n'ai rien jeté.
J'ai réalisé que ces cahiers sont les seules choses qui m'avaient toujours suivie, où que j'aille. Des déménagements, j'en ai connu des tas. J'y ai perdu, à chaque fois, des amis et des objets auxquels j'étais attachée. Mais, allez savoir pourquoi, mes cahiers sont toujours là. Ils ont quelque chose de sécurisant. Un peu comme un vieux doudou.
Je n'ai pas de "port d'attache", comme certains peuvent avoir une maison de famille, ou leur ancienne chambre chez leurs parents. Pendant longtemps, la ville où j'ai grandi avait ce rôle. J'y revenais entre deux essais de vie ailleurs et retrouver ces lieux familiers me rassurait. Mais, chaque fois, j'y revenais pour reconstruire, repartir à zéro. Et puis, insensible à mes souvenirs, elle a déconstruit pas mal de lieux de mon enfance, pour reconstruire du neuf qui ne m'évoque rien.
J'ai quelques piliers sur lesquels m'appuyer, une de mes tantes, mes soeurs et même quelques rares vieux amis trop éloignés mais présents quand même. Mais j'ai souvent l'impression de marcher dans une forêt. On ne sait plus trop où était l'entrée, ni même par où on est passé. Tout se ressemble et on ne sait pas trop où on va. Mes cahiers sont autant de petits cailloux pour remonter le chemin, quand mes pensées s'obstinent à ne se souvenir que des pièges que j'ai dû contourner, des mauvais chemins et des expériences que j'aurais voulu ne jamais connaitre.
Ce soir, dans ces cahiers, il y avait de la vie, des rires, des larmes aussi mais finalement plus de positif que de négatif. Il y avait mes pensées, mes agacements, mes décisions... Mon cheminement, en somme. Et je me rends compte que tous ces petits bouts de moi, que je pensais avoir laissés au fil de mes déménagements, sont tous contenus dans ces cahiers.
Du coup, j'ai tout rangé. Je prendrai le temps de lire le reste, plus tard. Peut-être, un jour, je jetterai tout ça. Peut-être pas. Ce qui est sûr, c'est que l'écrit a toujours fait partie de ma vie et j'ai bien l'intention de continuer à écrire, n'importe où et à propos de n'importe quoi. Même si, bien souvent, je n'écris que pour moi. Le plus étrange, c'est de constater que je n'écris pas de la même façon, selon que mes écrits seront lus ou non. Sur mes cahiers, mon vocabulaire et ma grammaire sont plus soutenus, comme si un professeur allait venir me corriger. Ici, je ne sais pas si c'est l'ordinateur qui veut ça, je suis moins stricte et mon langage est moins scolaire. Ou c'est peut-être le stylo et les lignes qui ont quelque chose de scolaire et me poussent à respecter les règles mille fois rabâchées à l'école. Les deux, sans doute. Mais je suis plus exigeante lorsque j'écris pour moi seule. Mon inconscient doit avoir peur de se faire enguirlander par mon conscient, si son langage n'est pas assez soutenu. Ou l'inverse. Je note, quand même, qu'au fil des années, j'ai cessé d'utiliser systématiquement le passé simple. Qu'est-ce qu'il est prétentieux ce temps. Le passé composé fait nettement moins de manières, ça le rend plus sympa à lire. C'pas ma faute, en même temps, mes auteurs préférés vivaient au XIXème siècle. J'ai baigné dans le passé simple pendant très longtemps. Puis le "nous" s'est transformé en "on". J'aime moins, ça.
Bon, il faudrait peut-être que je trouve une vraie place à tous ces cahiers. Un carton, ça fait un peu bric à brac... Ou peut-être que je devrais tout taper sur l'ordi et tout stocker quelque part sur internet. Mais où ? Et, est-ce que ça ne risque pas de perdre son charme si je mets tout en virtuel, quelque part sur la toile ? Je ne suis pas encore sûre, mais dans le doute, j'ai commencé à "recopier" certaines choses que je stocke pour l'instant sur mon ordi. On verra bien.
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