doc
Même si je soutiens régulièrement le contraire, je suis naïve d'une certaine façon. Je le suis, parce que je suis toujours incapable de comprendre comment fonctionne les choses.
J'ai parfois un raisonnement basique, comme les enfants. Ce qui est juste ou non, logique, évident ou totalement absurde.
Je crois toujours que les gens vont voir la supercherie et agir en conséquence. Je pense, à chaque fois, que la grande déesse "Evidence" va leur crever les yeux.
Et non, ça ne fonctionne pas comme ça.
Prenons les gens incompétents. A chaque fois je me dis :
- Un jour ou l'autre son incompétence se révélera et il/elle ne pourra pas s'en sortir si facilement.
Raté ! L'incompétent a une bonne étoile. Ce que n'a pas la personne compétente, en général.
Dans certains cas, je finis par me dire que ce n'est pas si grave. Si les gens veulent s'entourer de gros nazes, grand bien leur fasse.
Mais quand il s'agit d'un médecin, je n'arrive pas à m'y faire.
Ce médecin est obstétricien.
La première fois que je l'ai rencontré, j'avais arrêté toute forme de contraception depuis plus d'un an. Je commençais à trouver que mon futur Troll1 mettait bien trop de temps à s'inviter.
Quelques années avant, j'avais fait une fausse couche qui s'était soldée par un petit tour aux urgences, une hémorragie et une petite visite au bloc.
J'avais peur des conséquences. J'imaginais déjà, j'envisageais, je me torturais avec ce mot flippant "stérilité".
Et j'avais décidé de consulter ce médecin, réputé dans ma ville pour être l'un des meilleurs.
A peine arrivée dans son bureau, il a balayé d'un geste de la main toutes mes questions. Je n'étais pas la seule femme au monde à avoir fait une fausse couche. Et d'ailleurs, certaines en faisaient sans même s'en rendre compte, tant la grossesse était peu avancée. Alors mes petites peurs étaient de la pacotille. Après une écho de contrôle, il avait conclu qu'il fallait attendre et que je n'étais rien qu'une stressée de la vie.
6 mois après, toujours rien. Je commençais à douter. Il m'a prescrit un traitement censé stimuler l'ovulation.
Mais rien ne venait.
Il a conclu que je n'avais aucun souci médical.
Et ça a duré, duré, duré...
Il avait bonne réputation le monsieur. Alors je lui faisais confiance. De moins en moins au fil du temps.
Puis, 3 ans après avoir cessé d'utiliser une contraception, la certitude. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas capable de l'expliquer. Mais ce matin là, en me levant, j'ai su. J'ai dit au zhumain qu'il fallait acheter un test de grossesse.
Le résultat n'était pas très concluant. Alors j'ai appelé le médecin pour avoir une ordonnance et faire une prise de sang.
Le résultat de la prise de sang n'était pas très concluant, lui non plus. Un taux d'hormones un peu plus élevé que la moyenne. Peut-être un début de grossesse.
Alors j'ai rappelé le doc. Il m'a ausculté. Il ne voyait rien à l'écho. Il m'a posé des questions.
Non, pas de nausées, pas de fatigue, aucun signe. Juste ma certitude et l'impression d'être à moitié folle en croisant son regard.
Il m'a fait une seconde ordonnance. 2 prises de sang, à 3 jours d'intervalle. Pour voir si le taux d'hormones augmentait.
Au labo, le monsieur était sûr, lors de la seconde prise de sang. Pour lui, aucun doute. J'étais enceinte.
Alors j'ai rappelé le doc pour lui donner les résultats, comme convenu. Son diagnostic fut sans appel. Le taux d'hormones n'avait pas suffisamment augmenté, c'était une nouvelle fausse couche et je n'allais pas tarder à m'en apercevoir.
Il me l'a annoncé, comme ça, au téléphone. Il m'a gentiment suggéré d'attendre que tout rentre dans l'ordre et de l'appeler ensuite pour envisager un autre traitement.
J'étais effondrée, incapable de réfléchir.
5 ans, presque jour pour jour, après ma première fausse couche, la vie me rejouait ce sale tour.
Le zhumain, impuissant à m'aider, a appelé une de mes amies. C'est elle qui a pris toutes les décisions ce jour-là. Elle a pris rendez-vous avec un échographe ou échographiste ( franchement j'ai un doute sur le nom de ce métier. Disons une personne qui fait des échographies) et elle m'a rappelé que j'avais une ordonnance. Le médecin m'avait dit qu'il était inutile de faire la dernière prise de sang. Mais mon amie pensait le contraire.
J'ai attendu 3 jours, dans l'angoisse. Le monsieur du labo était tellement sidéré que mon médecin ait agit ainsi qu'il m'a promis de m'appeler dès qu'il aurait les résultats. Le soir même, j'avais la confirmation. Le taux d'hormones avait encore grimpé. J'étais bien enceinte. Mais selon lui, la grossesse en était au tout début. Ce qui expliquait ce si faible taux, lors des deux premières prises de sang.
Une semaine ou 10 jours après ( je ne sais plus bien), je faisais ma première échographie. J'étais terrifiée. J'ai expliqué à la femme, en face de moi, pourquoi je venais la voir. Elle a commencé l'échographie, puis s'est tournée vers moi en souriant. Et sa phrase m'a fait fondre en larmes :
- ça vous dirait d'entendre son coeur ?
7 semaines de grossesse... Et déjà toute cette accumulation d'angoisse.
Mais j'avais raison.
L'échographe/iste m'a dit, ce jour-là, que mon médecin avait bien merdouillé. Même s'il n'avait pas vu l'embryon, sans doute trop petit lors de la première échographie. Il aurait du voir le reste. Elle entendait par là, tous les autres signes visibles d'un utérus qui s'apprête à accueillir un embryon.
Alors j'ai rappelé le médecin. Il s'est d'abord mis en colère parce que j'avais fait la prise de sang suivante. Puis, il m'a dit qu'il n'y avait pas le feu pour le prochain rendez-vous.
J'ai changé de médecin.
Et si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que ce charmant monsieur exerce encore. Il est toujours aussi diplomate et dit toujours autant de conneries.
Elle est enceinte, pour la deuxième fois. Un bébé pas tellement prévu au programme, mais elle est heureuse quand même.
L'imprévu n'est pas toujours une galère. Pis, finalement, peut-être qu'au fond d'elle, elle en avait un peu envie de ce deuxième.
Le papa, lui, était super content, au début. Mais il commence à douter. Il a un peu la trouille. Il se fait de gros films dans sa tête. Il se voit déjà veuf, élevant seul ses deux enfants. Ou peut-être pas. Et s'il perdait sa femme ET son bébé, les deux en même temps ? Il est obsédé par tout ça. Parce que ce médecin a eu, une fois de plus, la diplomatie et l'intelligence nécessaires.
Il a gentiment expliqué que c'était dangereux, cette deuxième grossesse, quand on a déjà eu une césarienne.
Il leur a parlé de cicatrice, de fragilité, des complications... Et puis, il leur dit que, de toute façon, pas la peine de se préparer à l'accouchement, parce qu'elle aura automatiquement une
césarienne. Pis même que ce sera la dernière. Les césa, c'est deux maxi.(mékilécon)
Alors le futur papa flippe à longueur de temps. Dès qu'elle est fatiguée. Dès qu'elle émet la moindre plainte. S'il s'écoutait, il l'emmènerait aux urgences tous les jours.
Alors elle m'a appelé, en larmes. Elle craque. Elle ne sait plus.
C'est vrai, une césarienne, ça n'a rien d'anodin. Il y a une cicatrice et il faut surveiller, un peu. Mais ça ne fait pas d'elle une bombe à retardement. Pis, malgré le vieux cliché très répandu, on peut en avoir une pour le premier et pas pour le second. Ou l'inverse.
- Oui, mais toi, t'en as eu deux....
Bah oui. Et il y avait une raison médicale.(découverte à la naissance de Troll2) Mais elle n'était pas prévue. Mon doc m'avait fait faire des échos, des radios, toussa. En théorie, la seconde césa ne se justifiait pas.
Et puis, j'avais un doc sympa qui m'avait tout expliqué. Les éventuels soucis à surveiller, les clichés flippants qui relevaient de la légende urbaine, les "pas de bol" éventuels... Et même l'éventuelle surveillance médicale pesante du jour J, qui me faisait toujours dire " Mais je ne suis pas malade, je suis juste enceinte. Lachez-moi un peu !".
Mais surtout, il m'avait rassurée et écoutée. Il avait entendu, la naissance difficile du premier, mes craintes d'une nouvelle césa, de l'anesthésie. Il avait entendu les craintes du zhumain aussi et y avait répondu.
A vrai dire, ce qui l'inquiétait plus, c'était mon amour inconditionnel pour le Nutella.
Pas parce que je risquais de prendre trop de poids. Mais parce qu'il risquait de m'entendre râler, après la
naissance du Troll, quand tout ce chocolat se serait déposé sur mes cuisses. Et, un peu aussi, parce que je le regardais de travers, quand il me prescrivait des prises de sang et
des examens pour voir si je ne faisais pas de diabète gestationnel.
Alors, je lui ai conseillé de changer de médecin. On a le droit. On n'est pas marié avec celui qui a signé le certificat de grossesse. Evidemment, c'est un peu compliqué, niveau paperasse et tout. Mais le confort, pendant une grossesse, c'est important. Celui du père aussi. Parce que, l'air de rien, ce médecin est en train de le rendre dingue.
Je ne comprends toujours pas que cet homme puisse dire de telles absurdités et continuer d'exercer. Je ne
comprends toujours pas qu'il ne fasse pas cette partie si importante de son boulot, écouter la patiente.Je ne comprends toujours pas que ses collègues, qui récupèrent toutes les anciennes
patientes mécontentes, ne disent rien.
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