psychotte
La dernière fois qu'un/e psy a voulu me rencontrer avec le zhumain, sans le Troll, ça s'est mal terminé. En réalité, je devrais plutôt dire LES dernières fois. Alors, je n'étais pas très ouverte psychologiquement , aujourd'hui, quand il a fallu aller au rendez-vous avec la new psy du centre pour enfants et ados du CHU (on va dire chu, ça va plus vite). Déjà, autant planter le décors tout de suite, la grosse pancarte qui indique l'hôpital psy ne me plaît toujours pas. Comme ça, c'est clair.
Elle m'a fait bonne impression, la dernière fois (la psy, pas la pancarte), mais je suis devenue méfiante et je m'attends toujours à voir sortir Freud d'un recoin sombre du bureau. Ou un de ses potes mal embouchés qui aura décidé que "la mère est responsable de tous les maux de l'humanité". Ouais, je sais, j'aime bien en faire des tonnes. La psycho serait moins drôle si l'excès n'existait pas.
Donc je me suis assise face à elle en pensant à des trucs débiles.
- Ne te tords pas les doigts comme ça,elle va s'imaginer que tu es une flippée de la vie. Arrête de gigoter ta jambe, pinaise tu vas passer pour la stressée du siècle.
Mais arrête de te parler dans ta tête, pauvre fille !!!
Fais zen, genre la mère hyper sûre d'elle. Non, mais là, c'est pas zen, c'est avachie...
Et puis elle a commencé à parler de mon Troll, des bilans qu'elle aimerait lui faire passer, des pistes qu'elle voudrait explorer...
Pas de Freud et compagnie, pas d'enfant couvé, de mère trop investie. Non! Que des trucs hyper concrets, motricité, orthophonie, repérage dans l'espace, suivi oculaire...
On a parlé des précédents bilans, elle a posé pleins de questions.
Oui, le Troll a fait un bilan ORL,deux même, mais rien de ce côté. Il a aussi porté des lunettes jusqu'en CM1, ensuite l'ophtalmo nous a annoncé que tout était rentré dans l'ordre. Par contre, pas de bilan chez un orthoptiste, le CMPP m'a toujours dit que ce n'était pas la peine.
On a parlé QI. Je lui ai dit que, pour moi, le QI n'est qu'un nombre, rien de plus. Elle en convient...
- Mais je voudrais quand même lui en faire passer un pour voir les écarts, lui montrer ses points forts
aussi et l'aider à compenser les points où c'est encore compliqué. Et surtout cibler les éventuelles rééducations.
Là, le zhumain a ricané. C'était mon discours lorsque j'ai demandé au cmpp de lui faire passer un Wisc. Elle venait de marquer des points en disant exactement ce que je voulais entendre.
Alors on a parlé de ma méfiance. Et elle m'a confirmé qu'elle voyait les choses comme je les vois. C'est la "dys" qui induit des troubles psy et non l'inverse. On ne devient pas dys parce qu'on manque de confiance en soi. On manque de confiance en soi parce qu'on rencontre des difficultés d'apprentissage...
Je l'ai écouté parler de cet enfant qu'elle n'a rencontré qu'une fois pour l'instant, de ce qu'elle a entendu, vu, perçu. Elle m'a parlé d'un enfant qui a l'air d'aller bien, qui a une vie sociale satisfaisante, des parents présents et concernés, de son langage parfois hésitant mais bien construit. On a parlé du chemin parcouru, des progrès, des efforts fournis, du travail abattu pendant toutes ces années. Et puis, logiquement, on en est venu à toutes ces choses pesantes au quotidien, qui me fatiguent et s'immiscent entre mon fils et moi. J'ai dit mon ras le bol, mon incompétence dans certains domaines, mon ignorance aussi parfois.
- Vous avez raison, ça c'est MON travail. Alors si vous me faites confiance et si votre fils accepte, je prendrai le relais et je vous déchargerai de tout ça.
Une fois de plus, exactement ce que je voulais entendre. Elle envisage, si les bilans se passent bien avec le Troll, de contacter le collège, de réunir une équipe éducative aussi et de nous diriger vers des rééducations ciblées. Pinaise, j'ai un peu de mal à y croire. Reste à savoir dans quelle mesure mon Troll sera réceptif. Reste aussi à voir vers quels spécialistes on sera orienté.
Il faut savoir qu'au chu, ils font les bilans, la mise en place de la rééducation, mais pas la rééducation par elle-même. Ce sont des spécialistes libéraux qui prennent le relais, mais toujours en relation avec le chu. Donc, autant vous dire que la psychomot nous fait un peu peur. C'est le genre de truc, indispensable pour certaines dys, mais pas du tout remboursé par la sécu, qui est souvent zappé par les parents qui n'ont pas les moyens (c'est beau, hein, la prise en charge du handicap ?!). De toute façon, d'une manière générale, tout ce dont un enfant peut avoir besoin est mal ou pas remboursé. Il n'y a qu'à voir le remboursement pour des lunettes ou un appareil dentaire... Les enfants sont la quantité négligeable dans ce pays (mais c'est un autre débat, je sais).
La semaine prochaine, elle rencontre le Troll. Elle envisage de l'emmener dans le parc pour faire du foot. Evidemment, je trouve sa stratégie énorme, parce que je suis adulte. Mais je suis sûre que ça fonctionnera avec mon Troll. Et puis, c'est un bon moyen d'évaluer certaines aptitudes aussi. Elle a posé pas mal de questions ciblées sur les gestes, la motricité, tout ça. J'imagine qu'elle tente d'écarter certaines pistes.
Lorsque nous avons parlé de l'école, je lui ai dit que mon Troll passe facilement pour un enfant qui se tourne les pouces. En partie parce qu'il le fait (un peu, quand même) et en partie parce qu'il évite ce qui peut le mettre en difficulté ou le fatiguer. Et qu'il était difficile de faire comprendre à une prof que mon fils se fatigue plus vite que les autres, lorsqu'elle l'a vu bavarder pendant tout le cour. La psy a visiblement trouvé ça très drôle (moi, nettement moins, quand une prof me regarde comme si je me fichais ouvertement de sa tête) et a proposé d'en parler au Troll ET aux profs. Si c'était possible avant le second trimestre, ça m'arrangerait, parce que je vois le mois de décembre arriver et je sais que, comme chaque année, le nouveau cycle de végétation du Troll en milieu urbain va commencer.
Pour vous expliquer, le Troll a un cycle scolaire très particulier, depuis le ce1 ou CE2, je ne sais plus trop. Il bosse au premier trimestre, mais pas trop quand même, faudrait pas griller toutes ses cartouches d'un coup. En Janvier, juste après les vacances, il commence à se tourner joyeusement les pouces. En février, il atteint le paroxysme du j'm'en foutisme total et du glandage maximum. En mars, les profs s'agitent et le menacent des pires sévices inventés par l'éducation nationale, soit l'avertissement et le redoublement. Avril le Troll se réveille de sa léthargie et recommence à apprendre ses leçons et à écouter, vaguement mais avec l'oeil attentif, ce qui se passe en cours. En mai, il panique et tente de rattraper ses âneries. Juin, il obtient une moyenne suffisante pour passer en classe supérieure.
Pendant ce temps-là, sa mère s'énerve, le menace des pires sévices légalement reconnus à ce jour, soit la privation de console de jeux et de sortie, dans de rares cas de craquages nerveux, il y a menace d'internat au pôle sud. Elle tente aussi d'éviter les rafales de mots doux venant des profs et enfile son casque de l'ONU qui ne lui va pas au teint.
Alors, si la new psy gentille et pleine de bonne volonté pouvait me trouver la carte d'évolution du Troll, ça serait sympa ( Oui, mon Troll est un peu un Pokémon).
Commenter cet article