R. comme racisme
A l'école, comme au pays de Candy, il y a des méchants et des gentils... Mais pas toujours la niaise avec son raton laveur.
J'enfonce les portes ouvertes, si je veux, c'est mon blog d'abord !
Dans l'école du Troll2, il y a un gamin qui n'a pas tout bien compris au concept de "règles de vie en collectivité".
Non, je vous vois venir, ce n'est pas un enfant pourri gaté, roi du monde, tout ça. C'est un nain qui est arrivé en France, il y a un peu plus de 2 ans, avec toute sa famille venue d'un pays, où ils n'étaient visiblement pas en sécurité.
Débarqué en GS, en cours d'année, il lui a fallu apprendre la langue et il a fallu un peu de temps aux parents pour comprendre le concept " l'école c'est tous les jours".
Cette année là, on les a un peu aidé à intégrer rapidement cette idée et les horaires qui allaient avec, parce que madame services sociaux était déjà en train de menacer. Au passage, menacer des gens qui comprennent 3 mots sur 10, c'est...
Bref.
Avec d'autres parents, on a un peu mis notre grain de sel, le temps que la grande soeur apprenne à traduire.
Ce n'était pas facile pour l'instit, l'atsem, le gamin. Alors chacun aidait comme il pouvait.
Vous pensez sûrement que tout est super bien pris en charge, dans ces cas là, et vous vous mettez le doigt
dans l'oeil.
Donc, ce gamin a fait ses quelques mois de GS, puis il est allé dans une classe d'intégration ( dans notre école) avec quelques demi-journées en CP. L'air de rien, c'est une chance d'avoir cette classe dans l'école élémentaire, il a pu rester dans son quartier, en étant pris en charge. Le voici maintenant en CE1 à temps plein, faute de place dispo en classe d'intégration. Et oui, j'ai dit qu'on avait la chance d'avoir cette classe, pas que les places étaient multipliées chaque année. Il continue donc ses apprentissages.
Le problème c'est que cet enfant n'a pas tous les codes pour entrer en relation avec ses camarades de classe. Sa conception des relations sociales se limitant à taper sur les autres, peu d'enfants se portent volontaires pour lui servir de punching-ball.
Au début de l'année, quand mon Troll2 se plaignait de ce gamin, que nous appellerons R. (parce que c'est son initiale et que j'ai la flemme de lui trouver un nom), je lui demandais d'être patient. Il n'était pas réellement violent avec mon Troll. Il était seulement un peu brusque dans les jeux et enquiquinait pas mal la petite troupe d'apprentis détectives, en venant mettre des coups de pieds dans leurs indices ( ouais mon fils c'est Sherlock Holmes !). Alors j'expliquais que c'était, sans doute, une façon de se faire remarquer, que R. avait peut-être envie de jouer avec eux mais ne savait pas comment s'intégrer... Mon Troll a donc pris son mal en patience, mais a fini par se lasser. La patience n'étant pas extensible à l'infini, le Troll a cessé de faire des efforts.
R. a donc commencé à l'embêter de plus en plus souvent. Le Troll lui demandait de le laisser tranquille, mais l'autre commençait à devenir agressif. En gros, pour résumer, il ne peut pas se trouver à moins de 50cm d'un gamin sans le pousser, le taper ou lui hurler dans l'oreille. Il a donc naturellement fait la même chose avec mon Troll.
Seulement, ce Troll est un peu comme sa mère. Il est bien gentil, toussa, mais faut pas trop le chercher non plus. Donc, un jour où la maîtresse lui avait répondu " t'as qu'à aller jouer plus loin" alors que l'autre le suivait partout pour le pousser, le Troll s'est énervé. Il l'a poussé à son tour, R. a répliqué en lui mettant un coup de pied et mon Troll lui a collé une droite.
Et c'est donc un nain criant à l'injustice, que j'ai récupéré le soir, puisque l'autre est allé se plaindre et que mon Troll a été puni.
Toute cette histoire aurait pu s'arrêter là. J'ai expliqué au nain que même s'il trouvait ça injuste parce qu'il n'avait fait que se défendre, la maîtresse avait puni le geste interdit, blablabla.....
Quelques jours plus tard, devant l'école, mon Troll se cachait derrière moi. Croyant qu'il jouait avec un copain, je lui explique qu'il me fatigue. Mais il reste accroché à ma veste. Son super copain lui dit alors " Non, mais ils te tueront pas, y'a ta mère"...
Hein ?? Qui ? C'est quoi cette histoire ?
Et le copain m'explique que R. est allé se plaindre à ses deux cousins, respectivement en CM1 et CM2 et que les gosses ont donc menacé mon Troll de lui faire la peau. Sur le coup, j'ai eu des doutes sur les termes employés, mais les deux nains m'ont confirmés que les deux cousins avaient utilisés ces mots là. Un peu exagéré pour une bagarre de gosse de CE1 en récré, je trouve.
Et alors que je m'apprêtais à expliquer au Troll qu'il n'avait rien à craindre, qu'il serait protégé, à l'école par les zinstits et à l'extérieur par moi. Que ces deux gamins se la racontaient pas mal mais ne lui feraient rien.... Une mère qui avait tout entendu à commencé à s'insurger.
- Non, mais c'est inadmissible que ces gosses se permettent de telles choses. On est en France ici, pas en Roumanie. C'est peut-être la loi du plus fort dans leurs caravanes, mais ici ça ne fonctionne pas comme ça... Blabla beurk, ch'tu, pouah, Marine Lepen sort de ce corps !!
Bien sur, d'autres parents sont venus s'en mêler. Chacun y allant de son conseil, comme d'aller porter plainte pour menaces. Non, mais, les gens, faut se calmer, ce sont des gosses !! Et alors que je remettais gentiment tous ces braves gens à leur place, dans un style très diplomate " Le jour où j'aurai besoin des conseils du FN, je vous sifflerai !".... Mon Troll s'est mis à pleurer.
- Je veux pas qu'il retourne dans son pays R. Là-bas, il avait même pas assez à manger !
Voilà où ça mène leurs conneries. Un enfant en larmes, qui a culpabilisé toute la soirée et avait peur de
raconter à la maîtresse ce que les cousins avaient dit, par peur qu'on renvoie son camarade de classe. ( Je lui ai dit d'en parler à l'instit, histoire que
quelqu'un leur explique que ces mots là ne s'emploient pas à la légère, et histoire de rassurer le Troll).
Et une rumeur.
J'ai toutes les peines du monde à faire comprendre à ces dindes qu'il n'y a pas eu de violence, juste une altercation entre deux gosses et des mots un peu forts de gamins qui se la jouent caïd.
Les gamins sont catalogués, étiquetés. Des étrangers violents, vivant en caravane ( ce qui est faux d'ailleurs.). Oh mon Dieu, mais que fait la police ?
Bah, la police justement, elle expulse déjà des dizaines de gosses à longueur d'année. Alors si on pouvait éviter à ceux là de retourner dans un pays où l'école, la bouffe et la sécurité sont en option, ça serait assez sympa.
Et puis, si on pouvait leur laisser le temps d'apprendre aussi.
Evidemment, ça me gonfle que ces gamins menacent mon fils. Bien sur, ça me fatigue d'entendre parler de R. à longueur de temps. Mais punaise. Ce gosses a quitté son pays, il a débarqué ici sans maitriser la langue, on la fichu à l'école à temps plein direct. Il y a eu un logement provisoire, puis hop un autre. Ses parents sont à moitié paumés ici, ils vivent comme ils peuvent avec la crainte qu'on leur prenne leurs gosses. Ils en ont tellement peur que le jour où R. s'est éclaté le nez sur le banc devant l'école, la mère suppliait que personne n'appelle la police. Parce que pour elle samu ou police, c'est pareil.
Il n'a pas tous les codes, les relations sociales sont un grand mystère de la vie pour lui. Mais il va
apprendre. Les instits et les autres intervenants autour font tout pour ça. Bien sur, ses conditions de vie n'excusent pas tout, et bien sur, il faut qu'il apprenne les règles de vie en
collectivité. Mais ce n'est pas en lui collant une étiquette qu'on va l'aider.
Et puis, sans se voiler la face, des gosses vraiment violents, dans cette école, je peux en citer au minimum trois. Et eux, ils sont nés ici, en France ! Ils ont grandi avec des parents maitrisant le français, dans un bel appartement du centre-ville. Alors les vieux clichés pourris sur les étrangers...
Et je rappelle, au passage, que mon Troll, petit français de 7 ans qui ne vit pas en
caravane, a collé une droite à ce gosse. Mais là, tout le monde trouve ça normal, il se défendait. Et personne n'est venu lui dire que "Ici, on est en France, jeune homme ....."
Tout ça pour une histoire de gosses, dans une cour de récré. ça me dépasse !
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